Agir, pour honorer la mémoire de son enfant!

Le 15 octobre 2015, à l’occasion de la journée de sensibilisation, on parlera de deuil périnatal. Mais pour sensibiliser qui? Et de quelle manière?

Sensibiliser, c’est d’abord faire connaître. Ainsi, depuis quelques années, des marches, des cérémonies des anges et des envolées de ballons, de papillons, de colombes ou de bougies ont lieu aux quatre coins de la province. De plus en plus d’articles y sont consacrés dans les médias de masse, les histoires sont racontées et l’ampleur de ce qui se vit derrière les portes closes est de mieux en mieux connu par notre société. Quel grand pas franchi! Ce qu’il reste encore à changer, ce sont des paroles et des gestes parfois maladroits, qui peuvent blesser. Et pour ça, il faut faire un pas de plus que la simple information: on doit éduquer, guider et outiller les intervenants, les proches et le grand public. Et aussi les parents.

La première chose dont un parent a besoin lorsqu’il perd son bébé, c’est d’être accueilli dans l’amour, la douceur et la compassion, c’est d’avoir de l’espace tout en étant soutenu. Cela, les proches, les intervenants et la société peuvent le lui offrir. Mais pour véritablement revivre après avoir perdu un enfant, chaque parent sait-il qu’il doit vivre tout un processus? Un processus aussi unique que son histoire avec son bébé. Un processus qui, s’il accepte de le faire jusqu’au bout, le portera et lui permettra de déboucher sur une vie épanouie que cet enfant aura immensément influencée, même sans être à ses côtés…

Bien faire son deuil, ce n’est surtout pas oublier son enfant: c’est plutôt bien se souvenir de sa courte existence, lui donner tout son sens. C’est lui trouver sa juste place au sein de cette famille. C’est honorer sa mémoire en devenant une version améliorée de soi-même GRÂCE à son passage, et non une personne malheureuse À CAUSE de sa mort.

À cela, en ce 15 octobre, journée de sensibilisation au deuil périnatal, y est-on sensibilisé?

J’y vais d’une analogie. Lors d’un incendie, face aux flammes qui dévorent tout sur leur passage, c’est la dévastation. On vit la panique, on parle de la tragédie, on contemple les ravages avec désespoir, et on tente à tout prix d’éteindre le feu au plus vite. Puis, lorsque les pompiers se sont retirés, lorsque les badauds s’en sont allés, il ne reste que de la cendre fumante qui, peu à peu, s’éteint elle aussi. Selon moi, c’est là où l’histoire devient magnifique… Et c’est souvent à ce moment que les regards se sont tournés ailleurs, n’apercevant pas les petites pousses qui transpercent la cendre en quête de lumière, la vie qui reprend tout doucement sa place. Et peu à peu, une forêt luxuriante se réinstalle timidement mais sûrement, souvent plus belle que la première. Pour moi, cette métaphore représente le deuil périnatal.

La manière dont un parent se relève d’une telle épreuve est cruciale. Cela façonne ce qu’il deviendra, en tant qu’individu et en tant que parent. Chaque parent endeuillé fait un jour (ou non!) le choix de poursuivre sa vie en y mettant du bonheur, malgré la mort de son enfant. Et d’extraordinaires renaissances ont alors lieu. J’ai vu des femmes et des hommes résilients, qui ont changé leurs valeurs, leurs priorités et se sont découvert des forces qu’ils ignoraient posséder. Des parents redéfinir qui ils sont et leur manière d’aimer. Les « pourquoi » se sont transformés peu à peu en « comment » et ils ont enrichi leur vie, une décision à la fois.

Bien pire que la mort d’un enfant, il pourrait y avoir le fait qu’il soit mort pour rien. Que rien n’ait changé dans la vie de ses parents une fois qu’ils se sont remis de leur peine (sauf pour y ajouter de la tristesse et la perte d’innocence)… Or, ce départ peut aussi permettre, une fois les larmes asséchées, la naissance d’un nouveau parent, d’un frère ou d’une soeur, d’une nouvelle carrière, d’un couple qui est dorénavant soudé, et tellement d’autres possibilités impossibles à nommer ici.

Malheureusement, encore trop peu de parents sont conscients des immenses impacts d’un deuil non complété sur leur vie, mais aussi sur celle de leurs enfants. Alors, parents endeuillés, en cette journée de sensibilisation au deuil périnatal, êtes-vous sensibilisé à la nécessité de poursuivre votre processus de deuil jusqu’au bout? À la mémoire de cet enfant que vous avez tant aimé. Et pour l’amour des frères/soeurs qui lui succèderont!

Annie Ève

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