• Donner du sens à cette période éprouvante

    Donner du sens à cette période éprouvante

    Le temps des fêtes…. probablement l’une des pires périodes de l’année pour les parents qui ont perdu un bébé. C’est un moment où, même si on allait un peu mieux, on replonge dans la tristesse, la douleur, la colère, l’impuissance. Une période où l’on prend de nouveau conscience de cette espèce de vie parallèle qui a démarré à la mort de notre enfant: la vie comme elle « aurait dû être », et celle qu’elle est devenue bien malgré nous. Noël, c’est l’incarnation même de cette immense perte: on pense aux photos de notre trésor sur les genoux du Père Noël qu’on attendait impatiemment, on pense aux réjouissances auxquelles on aurait du prendre part, le bedon rempli d’espoir et décoré de paillettes de festivités et de bonheur. Plutôt que cette image idyllique, il y a toute cette peine et cette douleur… Oui vraiment, Noël est l’un des pires moments pour pour les parents en deuil.

    J’ai envie de profiter de cette occasion de vous dire, chers parents, que je pense fort fort à vous. Je veux que vous sachiez qu’à quelque part, d’autres personnes comprennent l’ampleur de votre peine. Et lui rendent hommage. Vous ressentez cette terrible douleur parce que vous avez véritablement aimé cet enfant. Elle témoigne qu’aujourd’hui que vous assumez tout cet amour et prenez courageusement le temps de vous guérir.

    Tout d’abord, un mot à propos de vos émotions actuelles. Bien que parfois douloureuses, elles remplissent une fonction très importante: vous enseigner quelque chose. Je sais, c’est étrange dit comme ça. En fait, les émotions qui montent nous informent de ce qui se passe en nous. Sans elles, nous serions déconnectés de notre âme, de notre coeur et de ce qui nous habite. Elles sont le messager de quelque chose d’important, de plus grand que ce qu’il n’y parait au premier abord. Ainsi, même la peine, la peur, la colère, la jalousie, l’envie que nous pouvons ressentir et que nous sommes tentés de chasser ou de taire sont importantes. Oui, même cette envie ou cette jalousie que vous ressentez au contact obligé de votre belle-soeur enceinte et insouciante est importante. C’est un peu contre-nature, mais ça vaut la peine de prendre un instant pour accueillir véritablement ces émotions paralysantes, pour leur permettre d’être là, pour reconnaître que vous les vivez, aussi socialement inacceptable que ça puisse vous sembler. Les mots que j’utilise régulièrement avec les parents que j’accompagne sont: « Je vis (nommer l’émotion). Ok, c’est là. J’ai le droit de ressentir (émotion) ça fait partie de ce que je vis présentement. » On ferme les yeux, on s’assoit confortablement, on respire profondément et on laisse la vague nous submerger. Ça prend quelques instants, puis ça s’apaise. On dirait que quelque chose lâche en nous. Sans qu’on fasse aucun effort, la tension redescend toute seule. Et ensuite, il y a de l’espace qui se créé pour autre chose. Tentez l’expérience, c’est surprenant. Ce qui est essentiel par contre, c’est que vous vous donniez RÉELLEMENT le droit de vivre ce qui est là, sans jugement, et que vous persévériez jusqu’à ce que ça relâche en vous (parfois quand c’est tenace et bien enraciné, ça peut prendre un moment qui vous parait un peu long). Je comparerais cette expérience à quelqu’un qui veut vraiment vous parler et qui frappe à votre porte. Il sait que vous êtes là, alors il ne lâche pas. Au départ il frappe doucement, mais si vous ne répondez toujours pas, il ne s’en ira pas si facilement: il frappera de plus en plus fort, criera même pour que vous lui répondiez. Idem pour vos émotions. Vous dépenserez alors une énergie folle pour les faire taire et de toute façon, elles reviendront continuellement.

    Puisque vous devez composer avec cette douleur, donc, j’ai envie de vous proposer de poser un petit geste rituel. Souvent associé à la religion, le rite est plutôt un geste qui introduit une notion de sacré dans notre vie. Le rite reconnaît une transition de vie, et accomplit un geste concret, qui symbolise quelque chose de plus grand, pour honorer et soutenir cette transition. Il peut ainsi permettre à l’humain de jouer un rôle actif au cours d’une période difficile, ce qui contribue en quelque sorte à rétablir l’ordre des choses.

    Ainsi, depuis la mort de votre enfant, vous traversez sans doute l’une des périodes les plus difficiles et importantes de votre vie. Vous pouvez, grâce à un geste symbolique pour vous, honorer ce cheminement et vous adresser à votre âme et votre imagination profonde. Je vous raconte une petite tranche de vie qui illustrera mes propos:

    Aux fêtes qui ont suivi la mort de notre fille, mon conjoint et moi étions seuls le 31 au soir. Nous étions assis par terre face à face, et avions gonflé plein de ballons. Nous les avions choisi noirs, car ils symbolisaient tout ce que nous avions vécu de négatif au cours de la dernière année, ce qu’on voulait sortir de notre vie pour de bon. Pour tout vous dire, il y en avait partout autour de nous… Nous avions aussi gonflé quelques ballons blancs. Ceux-là représentaient notre espoir, tout ce qu’on voulait avoir dans notre vie pour cette nouvelle année qui commençait. Quelques minutes avant minuit, tour à tour, nous avons pris un ballon noir à la fois, et avons nommé ce qu’il représentait. Puis, on l’a crevé en l’écrasant avec nos doigts. Ah que ça a fait du bien! Une vraie thérapie!!! Au final, il n’est resté que les quelques ballons blancs, que nous avons regroupés en un beau bouquet et accroché pour décorer la maison. Sur le coup, je ne savais pas, mais ce geste, tout simple, symbolisait quelque chose de plus grand qui s’adressait à notre inconscient et à notre âme. En gonflant les ballons noirs, on reconnaissait tout ce qui nous habitait de « négatif », ce qui était présent dans notre vie, qu’on le veuille ou non. Puis en crevant le ballon, on reprenait un certain pouvoir sur ce qu’on vivait; on n’avait pas choisi que ce soit là, mais à tout le moins, on choisissait ce qu’on faisait avec pour la suite. Et au final, en ne gardant que les ballons blancs après avoir nous-mêmes évacués les noirs, nous choisissions de faire place et de donner de l’importance à ce qui allait nous porter plus loin et ramener le bonheur dans notre vie.

    Je souhaite que ce petit récit vous inspire afin que vous puissiez vivre votre propre rituel (celui-ci ou un autre de votre crû), un geste qui vous permettra d’honorer cette transition de vie importante, ce passage vers une nouvelle période de votre vie. Comme point de départ, voici une question intéressante à répondre: « Qu’avez-vous vécu en 2015 que vous souhaitez laisser en 2015, et que souhaitez-vous emmener avec vous en 2016? »

    Et en terminant, je vous souhaite que ces fêtes, faute d’être celles réjouissantes et comblées que vous aviez anticipées, soient un moment serein pour panser votre coeur blessé. Je suis avec vous en pensées, et je vous envoie beaucoup d’amour.

    Annie Ève

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